"HISTORIQUE MEDICAL DU PROJET DE RAPPROCHEMENT
CENTRE HOSPITALIER DE BRIVE -CLINIQUE SAINT GERMAIN"
Introduction: "sauvetage d'une clinique privée avec de l'argent public"
Conclusion: "chronique d'une privatisation annoncée de l'hôpital"
L'histoire de ce projet débute avec deux constats: le Schéma Régional d'Organisation Sanitaire 2006 qui impose le regroupement des deux maternités sur le site de l'hôpital et l'obsolescence du plateau technique de la clinique qui l'oblige à une rénovation coûteuse ou à un rapprochement avec un autre établissement de santé.
Les contacts habituels qui existaient déjà entre l'hôpital et d'autres établissements vont dès lors s'accélérer avec la clinique sous le pilotage de l'Agence Régionale de l'Hospitalisation (ARH) qui fait miroiter une carotte financière non utilisée après l'échec des tentatives de rapprochement entre les deux cliniques de Limoges puis des deux cliniques de Brive
Les promoteurs de ce projet en faisaient alors une présentation idyllique avec comme arguments de propagande:
- mutualisation des moyens et mise en commun des compétences
- éviter la concurrence d'une grosse clinique recomposée
- préserver certaines activités chirurgicales cancérologiques menacées par les seuils d'activité de l'Institut National du Cancer (INCa)
- bénéficier du financement dans le cadre du plan Hôpital 2012.
Vont se succéder, à marche forcée, plusieurs réunions et des votes, dans une espèce de torpeur, savamment entretenue, pour masquer les incohérences qui commencent à émerger car ce projet peut se résumer à "la construction d'une clinique privée commerciale complète dans l'enceinte de l'hôpital, totalement financée par l'argent public avec toujours plus de concessions architecturales et fonctionnelles (véritable parodie de négociation et stratégie de surenchère de la clinique) pour aboutir finalement à une plate-forme d'accord édulcorée ».
A ce stade (début 2009) vont naître des doutes transformés en réserves puis en opposition traduite par des votes hostiles à ce projet par des médecins et des élus politiques alertés par les dérives de ce projet et ses incohérences, la loi Bachelot et ses conséquences, la consultation du personnel massivement contre et par les retours d'expérience catastrophiques d'autres villes (Carpentras- Bourgoin-Saumur….)
En effet la loi Bachelot va entériner la disparition du Conseil d'Administration (donc la perte de contrôle du projet)et favoriser une logique gestionnaire et mercantile de la santé faisant du soignant un producteur de soins, du malade un consommateur et de la médecine un business.
Les responsables politiques ont vainement tenté de déconnecter ces deux événements pour masquer leurs choix contradictoires: s'opposer à cette loi au niveau national mais l'appliquer de façon anticipée au niveau local (cf lettre ouverte au Président du CA).
Progressivement, derrière le vernis démocratique, les incohérences de ce projet deviennent évidentes et constituent autant de contre-arguments en sa défaveur:
- ce projet est inacceptable sur le plan moral, qui utilise l'argent du contribuable pour sauver une clinique privée sans contrepartie ni garantie.
- ce projet est dangereux en termes d'offre de soins, hormis la maternité unique, car la clinique n'apporte aucune activité innovante, bien au contraire avec la création d'activités nouvelles miraculeusement apparues et complaisamment tolérées, elle cherche par une concurrence directe déloyale à étouffer les services les plus exposés (cf SEL d'urologie), fragiliser les plus solides et menacer l'équilibre sanitaire structurel du département.
- ce projet est irrationnel en termes de mutualisation et d'économie car la solution finalement retenue de "juxtaposition côte à côte" est un pis aller. Nos décideurs envisagent, sans état d'âme, des travaux préalables pour les services logistiques dont certains sont pourtant neufs (cf bloc opératoire- maternité- urgences).
- ce projet est illogique sur le plan architectural, qui positionne stratégiquement le bâtiment privé sur l'artère principale de l'enceinte hospitalière et en pont entre l'oncologie et le bloc opératoire!
- ce projet est inique pour le niveau d'hôtellerie: bâtiment neuf pour le privé - promesse de rénovation de l'ancien pour l'hôpital.
- ce projet est inadmissible pour l'interprétation fallacieuse des seuils INCa notamment pour l'urologie volontairement référencés à l'année suivant le départ d'un urologue et sur le chantage de monopole du privé pour cette discipline.
- ce projet est peu crédible pour le risque de constitution d'une grosse clinique recomposée en raison du déroulement des négociations entre les deux cliniques. La clinique des Cèdres souhaite au contraire une régulation naturelle du paysage chirurgical briviste et ne comprend pas l’acharnement à sauver une clinique défaillante.
- ce projet est ingérable même dans le cadre du fameux Groupement de Coopération Sanitaire, probable usine à gaz sur le plan juridique, financier et administratif, faisant cohabiter des personnels de statuts différents, avec des règles tarifaires, financières et administratives différentes.
- ce traitement de faveur envisagé pour la Clinique Saint Germain est incompréhensible car dans la même situation 8 ans plus tôt, la Clinique Saint Damien de Tulle avait vu ses activités reparties entre le CH Tulle et la Clinique des Cèdres.
Depuis le début, manquant à leur devoir d'information, nos décideurs sont bavards sur l'accessoire mais discrets sur l'essentiel, incapables d'apporter des garanties car ce projet préfigure pour l'hôpital, la vente à la découpe de ses activités les plus rentables et pour les familles, la disparition du libre choix et de l'égalité d'accès aux soins.
D’autres solutions existent pour améliorer réellement l’offre de soins, pérenniser une chirurgie publique de qualité et assurer une coopération public- privé apaisée et équilibrée.
L'objectif de la Coordination est de réveiller les consciences politiques et citoyennes, pour réclamer la simple application du principe de précaution face à ce projet contre nature.
Manuel Idrissi pour la Coordination
Soirée débat du 24.11.2009
INTERVENTION Yvon BARRET
(Aide soignant non syndiqué
et membre de la Coordination)
Avec la Loi Bachelot et l’attaque du statut de la Fonction Publique Hospitalière, nous allons vers une augmentation des contrats de courte durée, des CDI et des intérimaires. Au final, la politique nationale de santé veut aussi la disparition du statut public hospitalier.
Le personnel sera confronté :
Certains services, et je vais en citer quelques uns : maternité – bloc opératoire – stérilisation – pharmacie – radiologie – chirurgie ambulatoire… seront amenés à fonctionner pour les deux structures sur un même lieu. Comment vont alors cohabiter les personnels avec des statuts différents, des progressions de carrière différentes, des horaires de travail différents, des accords de 35 h différents et des salaires différents ?
Au niveau du Bloc Opératoire de l’Hôpital, les salles seront partagées entre le privé et le public. Au vu des expériences dans divers autres Centres Hospitaliers où un rapprochement a été acté, les plages opératoires du soir sont plus facilement dédiées au secteur public. Comment, au retour du bloc, le soir, sera exercée une surveillance de qualité des patients alors que le personnel, dans les services, est déjà réduit la nuit ?
En ce qui concerne le personnel de la Clinique St Germain, on l’a alléché en lui faisant croire qu’il serait intégré dans le public avec le statut de la Fonction Public Hospitalière. C’est FAUX et le personnel commence à en prendre conscience.
L’Hôpital Public, avec ses missions, est en danger : OUI.
Refusons cette privatisation.
Défendre une cause noble qu’est la Santé, notre Santé, dans un endroit qui s’occupe de la Santé est un droit pour le patient et par définition c’est notre devoir de soignant.
Discours de Alexandrine BOIRON
Membre du bureau CGT
Juste quelques mots pour situer le contexte dans lequel se trouvent la santé et l’offre de soin. Nous essuyons une série de plans, de lois, de rapports qui comme dans les autres services publics préconisent des rapprochements, des regroupements…bien évidemment, une mutualisation des moyens. Actuellement, nous sommes dans le Plan Hôpital 2012.
La politique gouvernementale est relayée par l’Agence Régionale d’Hospitalisation, à travers un Schéma Régional d’Organisation Sanitaire et Sociale. La dernière loi en vigueur est la loi Bachelot ou HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire). Celle-ci, dans une logique purement comptable, exige des regroupements
D’autres modèles vous viennent certainement à l’esprit : France Télécom, Poste, EDF/GDF, la SAUR…..A cela s’ajoutent les lois sur le nouvel aménagement du territoire, sur la mobilité des personnels des fonctions publiques, les lois successives des plans de financement de la Sécurité Sociale qui asphyxient chaque année un peu plus les établissements publics de santé par les contraintes budgétaires.
C’est bien dans ce contexte qu’arrive le rapprochement Clinique/Hôpital.
Dans toutes les instances, dans une atmosphère de non dits et de non informations, notre syndicat s’est toujours opposé à ce projet de construction d’une clinique privée à but lucratif au cœur même de l’hôpital avec des deniers publics.
Les médecins du CH se sont aussi opposés à ce projet et vous en parlerons.
Nous nous sommes toujours étonnés qu’il n’y ait aucun autre scénario en proposition, tel que :
Une rencontre avec l’ARH nous a confirmé que le dossier n’était pas encore approuvé par le Ministère. A ce jour, dans des ateliers de travail, il est même demandé de revoir le projet à minima si on veut qu’il soit accepté. Si des bruits courent que le projet est finalisé, c’est encore une fois pour que les personnels ne s’occupent pas d’un dossier qui est dans les mains de 4 ou 5 personnes.
En mai 2009, un débat a eu lieu au CH en présence de Paul CESBRON suivi d’une consultation des personnels hospitaliers par voie de référendum organisée par le syndicat CGT.
92,07% des personnels travaillant ce jour se sont prononcés CONTRE. Ni la Direction, ni les élus locaux ne peuvent ignorer ce résultat.
Ensuite, le syndicat CGT adresse un courrier à tous les maires, un courrier à tous les conseils municipaux de Brive et des communes alentours pour demander une organisation de consultation citoyenne….jamais de réponse.
Nous avons aussi envoyé un courrier au Président du Conseil Général….toujours pas de réponse…
Tous les groupes qui s’opposent à ce projet décident en septembre 2009 de créer une coordination de défense de l’hôpital public de Brive.
Pas une semaine ne passe sans que les médias relatent ce sujet d’importance qu’est l’hospitalisation, la santé et l’offre de soins pour la population de Brive, de son bassin et du département. Je profite de leur présence pour les remercier.
Nous sommes tous là ce soir pour essayer de répondre à vos questions avec la volonté d’expliquer clairement et publiquement ce qui nous a poussé à s’opposer à ce projet de rapprochement qui n’est autre qu’une privatisation larvée de la santé.
Nous tenons à ce qu’un véritable service public, de qualité, de proximité puisse avoir les moyens d’exercer toutes ses missions afin de répondre aux besoins de toute la population.
Il faut que cessent les logiques comptables et la marchandisation de la santé tant pour les usagers que pour les personnels qui subissent chaque jour des conditions de travail limites de l’acceptable.
Il s’agit bien là, comme la loi Bachelot le préconise d’une convergence publique/privée où le secteur privé à but lucratif, la clinique St Germain, se voit loger moyennant un loyer plus que modéré au détriment des fonds publics. N’est-ce pas un super tapis rouge qu’on leur déroule?
Comment peut-on s’imaginer l’avenir de la santé et l’accès au soin pour tous, sans discrimination, dans un tel scénario ?
Nous sommes et resterons des fervents défenseurs de l’usager patient et non de l’usager client. C’est pourquoi, nous venons d’adhérer à la coordination nationale des comités de défense des maternités et hôpitaux de proximité.
Je n'ai pas oublié le chèque de 300 francs (à l'époque ) que j'ai "dû " vous donner en plus des remboursements de la caisse pour soit-disant vous aider à faire vivre votre clinique .C'est vrai qu'on est vulnérable qd on est malade .Donc c'est NON ,ne venez pas polluer notre HOPITAL de Brive avec votre esprit mercantile .
Je ne comprend pas que Mr NAUCHE n'écoute pas cette réalité-la que beaucoup de gens subissent.